L’essentiel à retenir
- La faïence Henriot est produite à Quimper depuis le XVIIe siècle, emblème de l’artisanat breton.
- Chaque pièce est peinte à la main dans les ateliers de Locmaria, ce qui la rend unique.
- La valeur d’une faïence Henriot varie de quelques dizaines à plusieurs milliers d’euros.
- Le poinçon au dos de la pièce est la clé pour authentifier et dater une faïence Henriot.
La faïence Henriot est la céramique bretonne la plus connue au monde, fabriquée à Quimper depuis le XVIIe siècle et toujours peinte à la main dans les ateliers de Locmaria. On la reconnaît à ses personnages en costume breton, ses décors floraux colorés et sa glaçure blanche qui sert de fond aux motifs. C’est une faïence qui raconte l’identité bretonne à travers chaque assiette, chaque bol ou chaque plat.
Trois siècles d’histoire à Locmaria
L’aventure commence en 1690 quand Jean-Baptiste Bousquet, faïencier originaire de Provence, s’installe à Locmaria — un quartier de Quimper — pour y fonder la première manufacture de faïence de la ville. Son fils Pierre Bousquet reprend les rênes et développe la faiencerie, qui passe ensuite aux mains de Pierre-Clément Caussy au XVIIIe siècle. C’est à cette époque que le style breton typique commence à s’affirmer : personnages, coiffes et motifs locaux remplacent progressivement les influences italiennes et hollandaises.
Au XIXe siècle, la famille Hubaudière reprend la manufacture et lui donne son nom. Les deux faienceries de Quimper — celle des Hubaudière-Bousquet et celle que Jules Henriot fonde en 1884 — se font concurrence pendant des décennies. Cette rivalité stimule la créativité des ateliers des deux manufactures et enrichit considérablement le répertoire décoratif de la faïence quimpéroise.
La fusion intervient en 1968 : les deux manufactures s’unissent sous le nom HB-Henriot. La marque Henriot Quimper s’impose alors comme la référence mondiale de la céramique bretonne artisanale. En 1983, un couple d’Américains, Paul et Sarah Janssens, rachète l’entreprise et la rebaptise Faïenceries de Quimper, insufflant un nouveau dynamisme commercial tout en préservant les savoir-faire traditionnels.
Comment reconnaître le style Henriot au premier coup d’oeil ?
La faïence Henriot se reconnaît d’abord à son décor peint entièrement à la main. Pas de décalcomanie, pas d’impression sérigraphique : chaque trait est l’oeuvre d’un artisan formé dans les ateliers de Locmaria. Cette technique artisanale confère à chaque pièce une légère imperfection qui est en réalité son plus grand atout.
Les motifs les plus iconiques représentent le Breton ou la Bretonne en costume traditionnel — chapeau rond, veste brodée, sabots — inscrits dans des médaillons entourés de motifs floraux. La rose bretonne, le chardon et les croisillons font partie du vocabulaire décoratif classique. La palette tourne autour du jaune, du bleu cobalt et de l’orange vif, sur un fond d’émail blanc brillant.
La terre utilisée est une argile fine de qualité, cuite à haute température avant d’être émaillée et décorée. Le résultat est une pièce légèrement épaisse au toucher, solide mais pas lourde, avec un émail régulier qui contraste avec la vivacité des décors. Ces caractéristiques sont quasi impossibles à reproduire à l’identique avec des procédés industriels.
Les marques des différentes manufactures
Pour dater et authentifier une faïence de Quimper, le poinçon au dos de la pièce est la première chose à examiner. Chaque manufacture a apposé sa propre signature au fil des siècles, et ces marques ont évolué de façon à refléter les changements de propriétaires et les fusions successives.
- HB (Hubaudière-Bousquet) : production antérieure à la fusion de 1968
- Henriot Quimper ou HR Quimper : pièces de la manufacture Henriot entre 1884 et 1968
- HB-Henriot : marque commune après la fusion des deux manufactures
- Faïenceries de Quimper : appellation utilisée après le rachat de 1983
L’absence totale de marque au dos d’une pièce est un signal d’alerte. Certains ateliers ont produit des pièces sans origine certifiée imitant le style Henriot sans en avoir ni la qualité ni la légitimité. Ces imitations circulent encore en brocante et aux enchères, un point de vigilance essentiel pour tout acheteur.
Les productions apocryphes et les imitations
Dès le XIXe siècle, la popularité de la faïence quimpéroise attire des imitateurs. Des ateliers situés hors de Bretagne — parfois en dehors de France — produisent des pièces inspirées du style Henriot sans respecter les techniques ni l’origine géographique. Ces productions apocryphes ont inondé le marché à certaines périodes et continuent de tromper des acheteurs peu avertis.
Les signes d’une pièce non authentique sont repérables : décor trop régulier et parfaitement symétrique (signe d’une impression mécanique), couleurs trop saturées ou trop uniformes, émail d’aspect plastique. L’irrégularité des traits et la légère variation dans l’application des couleurs sont précisément ce qui garantit l’authenticité d’une vraie faïence Henriot peinte à la main.
Les pièces les plus prisées par les collectionneurs
Le répertoire de la faïence Henriot est vaste : assiettes décoratives, plats de service, bols, théières, soupières, vases, cendriers, pots à tabac et figurines de personnages. Parmi les pièces les plus recherchées, les grands plats à scène bretonne du XIXe siècle occupent le haut du classement, aux côtés des services de table complets signés HB ou Henriot avant 1900.
Les pièces réalisées par des artistes identifiés — comme Mathurin Méheut, qui a collaboré avec la manufacture au début du XXe siècle — atteignent des cotes élevées lors des ventes spécialisées. En 2026, le regain d’intérêt pour l’artisanat régional français stimule la demande sur les plateformes de revente, avec des prix en hausse pour les pièces anciennes en bon état.
La faïence Henriot et la philatélie
La renommée de la faïence de Quimper a largement dépassé les frontières de la céramique : La Poste française a édité des timbres représentant des motifs de faïence bretonne, consacrant ainsi ce patrimoine culturel national. Ces émissions philatéliques constituent un point de convergence rare pour les collectionneurs s’intéressant à la fois à la céramique et aux timbres.
La manufacture de Locmaria est devenue une attraction touristique de premier plan à Quimper. L’office de tourisme numérique de la ville met en avant la visite des ateliers comme une expérience incontournable, permettant aux visiteurs de voir les artisans peindre en direct et de comprendre l’histoire de cette faïence emblématique depuis trois siècles.
Questions fréquentes
Quelle est la valeur d’une faïence Henriot de Quimper ?
La valeur dépend avant tout de l’ancienneté, de la rareté et de l’état de conservation. Une assiette courante du XXe siècle se négocie entre 20 et 80 euros en brocante. Les pièces du XIXe siècle, les grands formats ou les productions d’artistes reconnus peuvent atteindre plusieurs centaines d’euros, voire quelques milliers lors de ventes aux enchères spécialisées. L’absence de restauration et l’intégrité de l’émail sont des critères déterminants pour la cote.
Comment reconnaître une assiette Henriot ?
Une assiette authentique porte une marque au dos — “Henriot Quimper”, “HR Quimper” ou “HB-Henriot” selon l’époque de fabrication. Le décor est peint à la main, ce qui se vérifie à la légère irrégularité des traits et des couleurs. La symétrie parfaite est suspecte : elle trahit généralement une impression mécanique. L’émail blanc est brillant et les couleurs présentent une profondeur que les imitations ne reproduisent pas fidèlement.
Comment dater une faïence Henriot ?
La datation commence par la lecture du poinçon au dos de la pièce. “HB” seul indique une production antérieure à la fusion de 1968. “Henriot Quimper” ou “HR Quimper” situe la pièce entre 1884 et 1968. Après la fusion, la marque devient “HB-Henriot”. Le style du décor et la morphologie de la pièce apportent des indices complémentaires : les productions anciennes ont un tracé plus naïf et une palette moins vive que les pièces contemporaines.
Qui a racheté la faïencerie Henriot-Quimper ?
En 1983, la faïencerie HB-Henriot a été rachetée par les Américains Paul et Sarah Janssens, qui l’ont renommée Faïenceries de Quimper. Ils ont relancé la production et ouvert la manufacture aux visiteurs, en faisant une attraction culturelle de premier plan en Bretagne. L’entreprise a depuis connu d’autres changements de propriétaires, mais la production artisanale à Locmaria reste au coeur de son identité.
